Dé-googlisation phase 2

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Google, Skype, Facebook, Twitter : les alternatives existent !

Il y a quelques années, le mouvement open source gagnait les foyers, au point d'intéresser les services publics français. Open Office est aujourd'hui installé sur tous les postes de la Gendarmerie Nationale.

Firefox, LibreOffice, Gimp, Blender 3D : au départ, ces versions libres de logiciels bien connus attiraient les utilisateurs, "parce que c'est gratuit", entretenant la confusion entre libre et gratuit. Puis certains d'entre eux se sont intéressés de plus près à ce modèle.
Il y a une différence fondamentale entre un logiciel propriétaire et un logiciel libre : c'est que dans le logiciel libre, l'utilisateur peut soulever le capot de la machine et voir ce qu'il y a dedans. Ainsi, c'est quasi-impossible d'y insérer un programme espion sans que celui-ci soit rapidement remarqué par quelqu'un. Les failles de sécurité sont aussi traitées bien plus rapidement, du fait que ce n'est pas simplement une entreprise qui gère le logiciel, mais une communauté.

La licence libre a aussi ses défauts. Elle ne favorise pas l'invention, car beaucoup d'inventeurs sont rarement enclins à livrer leurs créations sans chercher à en retirer un bénéfice. 

Toutefois, quelques initiatives montrent qu'on peut marier interface sexy et éthique sans faille. Beaucoup ont compris qu'avec le libre, ils pourraient mieux contrôler la manière dont ils utilisent leur ordinateur. Ainsi, avec les nombreuses versions de Linux, jamais on ne se retrouvera avec des annonces du type "Norton Antivirus expire dans moins de 30 jours, veuillez souscrire un abonnement...". Pas de logiciels faussement gratuits préinstallés, pas de lourdeurs, pas d'incitations permanentes à acheter.

Et pourtant, il y a un domaine où même les internautes les plus conscients des enjeux n'ont pas fait montre de la même intransigeance, sans doute par peur des conséquences : les outils web, les messageries et les réseaux sociaux.

Là-dessus, je ne peux que recommander cette excellente conférence de Benjamin Bayart, fondateur de nombreuses associations pour la défense d'un certain internet.



Internet, c'était effectivement à l'origine un réseau distribué, où tous avaient le même pouvoir : celui de partager leur vision du monde.
C'est aujourd'hui, parce que certaines entreprises ont eu le droit de fermer leurs réseaux, un équivalent du Minitel.

Google a phagocyté l'ensemble du marché de la recherche, de la géolocalisation, du blog, etc. Skype celui de la vidéoconférence, Facebook celui des réseaux sociaux et Twitter celui du microblogging.

Pourquoi ? Parce qu'ils ont inventé des manières très simples de partager, communiquer, chercher, etc.

Avant Google, à quoi ressemblait une page de moteur de recherche (qu'on appelait portail aussi) ?
A la vitrine d'une pharmacie : couverte de publicités criardes.
Grâce à Google, la publicité est devenue tolérable, invisible, insidieuse. Elle vous fait oublier que vous n'êtes pas le client, mais la marchandise que Google vend à prix fort, au prix d'intrusions permanentes dans vos recherches, vos mails, votre cheminement numérique, à ses annonceurs.

Ce ne sont pas des services, mais, pour reprendre des mots de Patrick Le Lay, ancien directeur des programmes de TF1 : du temps de cerveau disponible, à haute valeur ajoutée car ciblé.

Google reste majoritaire car pratique. Son règne pourrait s'effondrer rapidement par effet de mode. 

Les réseaux sociaux, eux, profitent de l'effet de réseau. Vous ne pouvez pas quitter un réseau social sur un coup de tête. Parce que maintenant, tous vos amis l'utilisent pour communiquer avec vous, pour vous envoyer des liens, pour organiser une soirée, un voyage. Si vous quittez le réseau, vous perdez une bonne partie du contact que vous avez avec eux.

Vous ne pouvez pas quitter un site de microblogging sur un coup de tête, pour un autre. Car sur l'autre, qui vous répondra ? Qui fournira du contenu ? Ils sont sans doute beaucoup moins nombreux.

Vous ne pouvez pas car ce sont des réseaux fermés.

Par contre vous pouvez changer de fournisseur d'adresse mail. Ou même, vous pouvez changer d'hébergeur, et garder la même adresse, grâce au nom de domaine que vous avez acheté. Vous donnez la nouvelle adresse à tous vos contacts, et ils peuvent vous écrire.

Pourquoi ceci n'existe pas pour les réseaux sociaux ? On devrait pouvoir changer de fournisseur d"identité", et pouvoir rester connecté. On devrait pouvoir changer d'opérateur de messagerie instantanée et de vidéoconférence (passer de Skype à Oovoo par exemple), et pouvoir rester en contact avec ses amis.

En fait, ça existe. Depuis quelques années, des projets émergent, donc le fonctionnement est radicalement différent de celui que nous connaissons. Une des initiatives les plus cohérentes est celle de Framasoft, qui cherche à "Dégoogliser Internet." Toutefois, l'association n'a pas encore couvert tous les domaines. Heureusement dans un sens, car s'il y a une chose à éviter sur internet, c'est de mettre tous ses oeufs dans le même panier !

Voici la liste des services que je connais, au moment où j'écris, en partant du site qu'ils pourraient remplacer : 

Google ? DuckDuckGo, évidemment. C'est un moteur de recherche comme Google, à la différence qu'il ne piste pas ses utilisateurs pour établir des profils.

Google Maps ? OpenStreetmap, bien sûr, dont les multiples ramifications donnent aussi bien des cartes hors ligne pour mobiles, que des occasions de regarder notre territoire autrement. OSM est une carte participative, et s'enrichit donc de ce que vous lui apportez.

Google Contacts, Calendar, Mail, Picasa, etc ? CozyCloud, une solution de cloud libre entend répondre à tous ces besoins, qui plus est en permettant la synchronisation de vos données sur tous vos appareils. Vous pouvez utiliser CozyCloud sur son propre serveur, ou l'installer sur le serveur de votre choix.

Facebook ? Qui a entendu parler de Movim, réseau social basé sur le protocole XMPP (anciennement nommé Jabber) ? Est-ce vraiment un réseau social ? En fait non, c'est une manière, parmi tant d'autres possibles, de présenter les informations que vos contacts veulent bien vous faire partager : statuts, liens, images, etc. 
C'est ce qu'on peut appeler un client de réseau social. Le résultat est le même que Facebook, à ceci près que vous pouvez utiliser ce client avec n'importe quelle adresse utilisant le protocole XMPP. Et ils sont nombreux, les serveurs pouvant proposer ce type d'adresse. Si aucun ne vous convient, vous pouvez aussi monter votre propre serveur, avec votre propre nom de domaine, et y installer Movim.

Skype ? Il y a Jitsi, une application de vidéoconférence libre et gratuite. Elle est aussi basée sur XMPP. Décidément ce protocole est à suivre de près. Cela veut dire qu'avec la même adresse vous pouvez utiliser Jitsi et Movim ? Tout à fait !

Twitter, Blogger ? Là encore Movim se débrouille bien puisqu'il propose une vue de type "flux" de tous les billets que vous rendez publics. A vous de choisir la longueur de ce que vous publiez. Pour les plus téméraires, il y a Juick, client ukrainien de microblogging, basé lui aussi sur XMPP et donc interopérable avec Movim, Jitsi, etc.

Vous cherchez une interface de blog plus conviviale et personnalisable que Movim ? Wordpress vous permet d'y arriver, sans pub, soit directement sur son site d'hébergement, soit chez l'hébergeur (par exemple OVH) de votre choix ou même sur votre propre serveur. Car Wordpress est un CMS (Content Manager System) libre.

Pourquoi cette évolution vers des réseaux décentralisés et interopérables me semble fondamentale, quite à payer quelque chose pour y avoir accès ? 

Parce qu'une économie assainie, débarrassée de la pollution publicitaire et de l'espionnage permanents, coût quotidien de l'utilisation de services prétendument gratuits, apporterait à tout le monde plus de stabilité, une meilleure adéquation entre les besoins et les services, et une meilleure attribution des sommes délirantes qui transitent par ces canaux de financement que sont les rentes publicitaires mondiales (l'équivalent des budgets d'éducation de tous les pays du monde).

Parce qu'être empêché de communiquer avec quelqu'un parce qu'on n'est pas inscrit chez le même opérateur, c'est être bloqué à l'âge de pierre.

Parce que j'aime bien savoir de quoi est fait ce que je mange, et que je ne vois pas pourquoi quand il s'agirait de logiciels, on pourrait me le cacher.

Le BIM pour les architectes : c'est parti !

Il y a quelques mois déjà, j'avais déploré les nombreux défauts des logiciels de conception architecturale proposés actuellement par les grands éditeurs : trop déterminants, pas adaptés aux petits projets ou au patrimoine, peu ergonomiques, trop rigides, et, enfin, trop aliénants.
La politique des éditeurs est maintenant de proposer des produits incompatibles avec les versions précédentes, ce qui oblige à renouveler en même temps toutes les licences d'un bureau, sans être sûr de pouvoir communiquer avec ceux qui ont des versions anciennes !

Il se trouve que 60% des architectes interrogés dans une étude conjointe de la CAPEB et du CNOA (PDF), pour diverses raisons, n'envisagent pas de passer au BIM dans les prochaines années. Les défauts énoncés plus haut pèsent sans doute lourd au moment du choix. 

Mais il y a pire : ces logiciels sont porteurs d'une certaine vision de la construction et de l'architecture propre aux majors du BTP : le standard et la répétition (et leur rigidité) dominent les processus, même là où cela n'a aucun intérêt : les petits projets, le bâti ancien. Exemple : dans Revit, il faut créer une "famille", dans un espace de travail isolé du reste du modèle, pour une fenêtre complexe qui ne servira peut-être qu'une fois ! De même, les escaliers sont prisonniers d'une logique sémantique têtue, directement issue des normes : barreaudages, lisses, panneaux, etc.

Ainsi, par leur servitude volontaire, continuant ce qu'avaient déjà entamé les architectes de la reconstruction d'après-guerre, qui vit triompher le béton armé, les architectes d'aujourd'hui qui adhèrent au BIM tel que prévu par le BTP, travaillent méthodiquement à saper leur propre légitimité.

En résumé, les éditeurs veulent faire croire aux architectes qu'ils sont largués, alors qu'ils travaillent justement à préserver un modèle dépassé, celui d'une industrie de la construction standard, dans un monde plus complexe. L'avenir de l'architecture est dans l'adaptation, la réhabilitation, le non-standard, l'artisanat savant, assisté d'outils numériques amis, pas coercitifs.

ll est donc temps que les architectes aient accès à un outil qui respecte ses usagers, leur flux de travail, leur organisation, un outil de liberté :
  • Non-déterminant : c'est vous qui dites, au moment opportun, si cet objet est une dalle, un mur, un escalier, ou aucun des trois, dans ou hors des catalogues IFC. Cela veut dire aussi que tous les outils et objets s'appliquent à tout type d'objet, sans restriction d'orientation. C'est une autre vision, générative et libre, de la modélisation architecturale. 
  • Solide et non-destructif : au contraire de Sketchup, qui impose constamment des triangulations et rend difficiles les modifications, notre logiciel sera basé sur un moteur 3D solide, où il sera possible de retravailler/supprimer les modifications apportées aux formes : congés, liaisons, soustractions, etc.
  • Définition libre d'unités et cohabitation d'unités dans un même espace : vous voulez faire votre projet en mètres, mais le bâtiment dans lequel il s'inscrit était en brasse florentine ? Définissez vos unités de travail à la volée, et choisissez ce qui apparaît dans chaque cote.
  • Programmation visuelle (à la manière de MAX-MSP , Blender ou Grasshopper) pour modéliser et pour présenter des données incluses dans le modèle, ou obtenir un rendu graphique spécifique,
  • Modélisation en 5D.  La 5D ne vous dit rien ? Et pourtant, lorsque vous proposez différents scénarios pour un phasage, vous en faites ! Mais la 5D (soit une ligne de temps et toutes ses variantes) permettrait aussi de créer des animations, générer des formes, analyser des flux, gérer le cycle de vie du bâtiment et des matériaux.
  • Liberté totale d'arrangement des outils, vues, objets, dans une interface flexible qui s'adapte à votre flux de travail. Ici difficile de préciser plus avant, des concepts ne sont pas encore protégés.
  • Liberté d'affichage en travail et en rendu : axonométrie coupée, coupe perspective, plan en axo ou isométrie, caméra fish-eye, 3D, etc. Des possibilités proches de celles de BOA 
  • Liberté et facilité du positionnement du plan de travail, des repères topographiques, des niveaux. Coexistences d'autant de référents qu'on voudra.
  • Interaction rapide à un seul clic, avec une limitation des mouvements de souris nécessaires, possibilités "glisser-déposer" généralisées, y compris avec le système d'exploitation hôte. Possibilités de travail en VR (réalité virtuelle) et en AR (réalité augmentée)
  • Code accessible, pour permettre à un bureau d'architecture de forger ses propres outils et de les partager. 
  • Charte "code propre et simple" : nos vieilles machines doivent pouvoir faire tourner le logiciel. il doit être possible de désactiver des options gourmandes en CPU/carte graphique (adaptation en temps réel, affichage, etc).
Certains concepts touchant à l'interface et à la modélisation ne sont pas décrits ici, car ils ne sont pas encore protégés.

Alors quel est le programme ?

1- Rassembler les compétences - trouver une forme et une sécurité juridiques (propriété industrielle)
2- mettre au point les concepts et l’ossature du logiciel
3- appeler des fonds, soit par souscription (crowdfunding), soit par investissement classique.
4- concevoir dans le détail et développer

Quel est le calendrier ?

Je nous donne 3 mois pour réunir tout ce que la France (et le reste du monde) compte de talents en informatique, droit du logiciel, designers, architectes experts BIM. C'est ambitieux, mais il faut aller vite, d'ici deux ans, nous devons être en possession d'un outil complet !

Open-source ou propriétaire ?

En ce qui concerne la forme juridique du logiciel, le choix n'est pas tranché entre open-source, propriétaire, ou un mélange des deux (licence LGPL). Il faut constater qu'aucun logiciel libre n'a jusque-là proposé une véritable innovation (hormis Blender et Firefox peut-être), ni un modèle économique viable, et que les interfaces sont généralement pauvres et peu pratiques. Financièrement, la plupart reposent sur des fondations elles-mêmes pilotées par des grands groupes, et/ou sur la générosité aléatoire d'informaticiens et d'usagers. 
Tout travail mérite salaire, n'est-ce pas ? Il faut donc trouver un modèle qui soit à la fois non-aliénant et rémunérant pour ceux qui y participeront activement.

Vous êtes UI designer, développeu(se)r, spécialiste en droit du logiciel ? 

Vous voulez être partie prenante dans la révolution du logiciel de conception architecturale ?
Vous voulez marquer votre intérêt, faire des propositions, être mis au courant du développement du projet ? 

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Louvre Lens : qui défend la France contre Paris ?

Aujourd'hui, un article intéressant du critique d'art Suisse Etienne Dumont, sur la perte d'affluence du musée du Louvre-Lens.

Il ne va malheureusement pas au bout de son raisonnement. Je vais le faire pour lui :

Pourquoi n'a-t-on pas fait le "Louvre-Marseille", "Pompidou-Toulouse" ?
Ces grandes villes auraient pu voler la vedette à Paris.
C'est bien la preuve que sous couvert de déconcentration, les choix qui sont faits n'entendent absolument pas remettre en cause le siphonnage du territoire français par la seule ville qui compte pour les décideurs.

Cette centralisation qu'on a tôt fait d'appeler Jacobinisme en est en fait le contraire : alors que c'est l'Etat qui devrait répartir ses compétences sur le territoire pour former une capitale en réseau, c'est Paris, confondue avec l'Etat dans un savant glissement de sens, qui opère dans une logique concurrentielle vis-à-vis des autres métropoles et régions.

Tous les choix de l'Etat se font dans l'optique de défendre les privilèges (et l'enfer des loyers trop élevés) de Paris.

Qui défend la France contre Paris ?